Zinedine Gourcuff

12 01 2009

D’emblée, on avait placé ce Bordeaux-PSG dans les affiches à suivre de cette 20e journée. Ca n’était pas arrivé depuis… 2000 que les deux clubs ne s’étaient plus aussi bien classés. La revue d’effectif était pleine d’étoiles: Cavenaghi, Gourcuff, Chamakh, Wendel, Diarra d’un côté; Sessegnon, Hoarau, Giuly, Makélélé de l’autre. Laurent Blanc, Paul le Guen. Le premier aligne un 4-1-5 avec Diarra seul récupérateur, le 2e un classique 4-4-2.

Pourtant, le début du match laissait apparaître une crainte sourde: celui du match de L1 chiant. Paris avait décidé de retenter le même coup qu’au Parc: laisser l’adversaire dominer et le prendre en contre. Une fois le but marqué, l’adversaire s’épuiserait dans des attaques de plus en plus fébriles et stériles. C’est d’ailleurs ce qui faillit arriver lorsque Giuly frappait au dessus sur un centre dit “chirurgical” du Dr Rothen.

Mais dans la minute qui suivit, toutes les craintes girondines s’envolèrent. Coup franc excentré côté gauche, que tire Gourcuff “dans la boîte”. Diawara place une de ces têtes qui réussissent à faire croire que les coups de pied arrêtés indirects sont beaux. La suite, d’ailleurs, ne sera pas géniale, loin s’en faut. Le match reste peu rythmé, et tandis que d’un côté, les Parisiens tentent d’attaquer de façon très stérile, de l’autre, Bordeaux ne parvient pas à profiter des espaces ouverts pour développer un jeu fluide.

C’est d’ailleurs sur une passe longue, ouverture de Chalmé sur le côté droit de la défense parisienne, que vient la suite des événements. Cavenaghi a réalisé un appel parfait. “Dieu” ou “San Fernando” reprend de volée dans un angle très difficile. Il devient également meilleur buteur du championnat, à égalité avec Gignac. Deux très beaux buts, qui égaient une première mi-temps pas forcément géniale. Paris est cependant asphyxié. Seule bouffée d’air, le ciseau de Sylvain Armand au point de penalty qui frôle le poteau. Un peu d’audace, de technique et de suspense, en vain. Les ingrédients de la seconde mi-temps sont prêts.

Le Guen a commis la terrible erreur de manquer d’ambition dans son schéma de jeu. Le bloc parisien ne monte pas, Diarra verrouille les débats. Sessegnon est totalement éteint par le jeune et talentueux Trémoulinas: on ne le verra pas du match. Hoarau et Giuly sont l’ombre d’eux-mêmes, pris par une charnière Diawara-Henrique qu’on sait extrêmement physique. Ils manquent de soutien: Makélélé et Clément sont trop défensifs, les espaces entre les lignes s’accroissent à mesure que les attaquants montent. Pendant ce temps, Bordeaux déroule.

Et puis à la 69e minute, surgit Zinedine Gourcuff. Makélélé, dans la surface parisienne, relance directement sur Chalmé. Ce dernier transmet à Gourcuff, dos au but. Contact, roulette, double contact, pointu, petit filet droit. C’est fluide, c’est propre. Dugarry, ramené en 1996, hurle. Lui qui a passé son temps à casser son ancienne équipe. Margotton fera durer l’orgasme pendant une demi-heure. Les gens de Setanta eux-mêmes sont bouches bées. Les supporters du Milan AC se mordent les doigts. Quant à Armand et Traoré, ils ne sont peut-être pas de très grands défenseurs, mais ils n’en mènent pas large…

A Lescure, c’est la fête, comme rarement depuis une dizaine d’années. Dans l’euphorie, les Marine et blanc multiplient désormais les enchaînements et les attaques. En face, les Parisiens ne sont décidément pas dans un bon jour. Suite à un corner, trois visiteurs se retrouvent tout seuls face au but mais Sessegnon manque totalement sa frappe. Fernando, entré à la place de Cavenaghi, achève le spectacle par un 4e but tout aussi beau: balle dans la surface en un contre un face à Landreau, feinte, petit extérieur du pied, et le ballon entre doucement dans le but.

Et c’est fini, 4-0 pour Bordeaux. Et là, on se dit: il est beau, le championnat de France de Ligue 1. Et personne ne peut vous contredire, ce qui est encore plus jouissif. Et un but comme celui de Gourcuff, c’est du bonheur pur. Dans ces instants-là, personne ne vient vous bassiner avec Roma-Milan ni avec Osasuna-Barça. Et c’est bon.

Catel


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